Six heures au commissariat sans statut légal

Vincent Rispe-Burret, pho­to­graphe indé­pen­dant, inter­pellé le 5 juillet à la sortie du métro alors qu’il se ren­dait à la mani­fes­ta­tion. Une journée au com­mis­sa­riat du XVe arron­dis­se­ment de Paris juste pour « véri­fi­ca­tion d’identité »

Ce mardi 5 juillet 2016 je me ren­dais à la mani­fes­ta­tion prévue contre la loi tra­vail, et ce comme depuis 4 mois, pour cou­vrir la mani­fes­ta­tion en tant que pho­to­graphe. Comme depuis 2 – 3 mois je vais à la mani­fes­ta­tion avec du maté­riel de pro­tec­tion pour éviter de ris­quer ma santé en tra­vaillant.

En sor­tant du métro Natio­nale je me fais contrôler par les forces de l’ordre, avec du coup mon casque, mon masque de ski, et mon masque nasal, dans mon sac. Je pré­cise bien entendu être pho­to­graphe et que mon maté­riel de pro­tec­tion est là juste pour me per­mettre de tra­vailler en toute sécu­rité et éviter tout com­pli­ca­tion de santé suite aux gaz lacry­mo­gènes.

Les CRS, après concer­ta­tion avec leur hié­rar­chie me signalent mon inter­pel­la­tion pour véri­fi­ca­tion d’identité. Il est alors 14h05.

Après ça je perds un peu notion du temps, car mon télé­phone m’est confisqué (j’ai eu la pré­sence d’esprit de l’éteindre avant). Tout ce que je sais c’est que j’ai attendu long­temps avant d’être trans­féré au com­mis­sa­riat du XVe arron­dis­se­ment rue Vau­gi­rard. Là-bas, je me trouve dans une salle avec 4 autres inter­pellés (à peu près au même moment que moi). Tous les 5, nous avons attendu de longues heures avant le début de nos audi­tions. Durant ce temps nous avons appris être là en audi­tion libre, mais que nous n’avions pas le droit de sortir. Quand mon audi­tion a com­mencé, le délai des 4 heures étaient presque dépassé.

À 18h15 j’ai fait valoir le fait que j’étais gardé depuis plus de 4 heures et que léga­le­ment j’avais le droit de partir, sinon cela serait une pri­va­tion de liberté illé­gale car je n’ai pas été notifié être mis en garde-à-vue. Et là l’officier de police judi­ciaire nous signale aux 4 autres et moi-même qu’ils nous gardent jusqu’à déci­sion du magis­trat ; malgré le dépas­se­ment du délai. Durant les deux heures qui sui­virent, ils en pro­fi­tèrent pour regarder nos SMS (du moins une partie pour ma part, heu­reu­se­ment que j’en avais de trop et que l’OPJ avait une flemme de passer 24h à lire mes mes­sages).

Durant ce temps je reçu une convo­ca­tion pour jeudi pour une prise d’ADN en audi­tion libre. A 20h15 on nous sort tous les 5 et on nous dit que le magis­trat a décidé d’abandonner toutes les pro­cé­dures et que rien ne serait marqué sur nos casiers.

Les OPJ ont refusé de nous donner nos procès-ver­baux, ainsi que tous papiers fai­sant preuve de notre déten­tion.

J’ai donc passé 6h au com­mis­sa­riat sans statut légal, et sans aucune preuve de cette pri­va­tion de liberté. J’ai perdu une journée de tra­vail, je n’ai pas pu cou­vrir cette mani­fes­ta­tion. Mais en dehors de cela, d’autres per­sonnes ont été empêché de mani­fester (pour port de lunettes de pis­cine et sérum phy­sio­lo­gique) hier, ce qui n’est pas normal.

Malgré le fait que toutes les pro­cé­dures ont été aban­don­nées, je suis tou­jours convoqué jeudi matin pour des prises d’ADN dans une pro­cé­dure qui a été aban­donnée, bien entendu comme il est auto­risé par l’article du code de pro­cé­dure 230 – 8 j’enverrai une lettre au pro­cu­reur pour faire détruire mes don­nées à carac­tère per­sonnel.

Aujourd’hui je témoigne de ce que j’ai vécu car je trouve que tout ce qui s’est passé est tout à fait anormal et ne devrait pas se passer.

Vincent Rispe-Burret