Jeudi 31 mars

Lyon

À la suite de la mani­fes­ta­tion par­tant de la Manu­fac­ture des Tabacs jusqu’à la Place Bel­le­cour, une occu­pa­tion de place a été décidée par le col­lectif assem­blée de Lyon. L’après-midi avait été marqué par une uti­li­sa­tion mas­sive de gaz lacry­mo­gène et de canons à eau sur la foule, ainsi que de vio­lentes arres­ta­tions de mani­fes­tants. Témoi­gnage publié par Révo­lu­tion per­ma­nente d’un mani­fes­tant qui finit la soirée à l’hôpital.


Rennes

Alors que la ville est en état de siège, plu­sieurs groupes de mani­fes­tants tentent de rejoindre le centre-ville. Une vidéo publiée sur twitter montre clai­re­ment une charge des CRS qui n’hésitent pas à tabasser les mani­fes­tants tombés à terre, à coup de pieds et à coups de matraque.


Rue Jean-Jaurès, Jus­tine Merdi est blessée à la cuisse droite par un tir de fla­sh­ball (LBD). « J’étais avec un ami, je crois qu’il avait encore un café à la main. J’ai entendu un bruit, j’ai vu un pro­jec­tile à mes pieds et j’ai com­pris qu’ils m’avaient tiré dessus. Sur le coup, je n’ai pas vrai­ment com­pris ce qu’il s’était passé, j’étais cho­quée. J’ai continué la mani­fes­ta­tion encore une heure et je suis ren­trée. Une fois chez moi, j’ai com­mencé à avoir mal. Mon genou et ma cuisse droite ont triplé de volume. Je suis allée à la phar­macie, ils m’ont donné de la pom­made. J’avais perdu ma carte Vitale, je ne suis allée chez le médecin qu’une semaine après. Il m’a envoyée faire une écho­gra­phie ». Diag­nostic : « Au niveau de la tumé­fac­tion palpée, on retrouve une large plage hyper-écho­gène hété­ro­gène conte­nant des petits kystes de moins de 5 mm en région sous-cutanée d’environ 97 mm x 80 mm x 13 mm. »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Repor­terre.


Phi­lippe Cado, adhé­rent au syn­dicat Sud-Soli­daires : « Je n’ai rien vu venir de la charge des CRS : la ban­de­role obs­truait ma vue, et le brouillard de gaz lacry­mo­gènes était très dense. Comme les autres, j’ai tenté de reculer, mais je suis tombé. Plu­sieurs coups m’ont été portés à la tête, puis au corps, aux bras, aux jambes ; je suis resté au sol, pré­sen­tant mon dos à mes agres­seurs, la tête ren­trée, ins­tinc­ti­ve­ment, pour me pro­téger. Plu­sieurs coups (de pied ? de tonfa?) m’ont encore été portés. Le poli­cier m’a traîné au sol, avant qu’un de ses col­lègues ne vienne l’aider, puis me mette debout. » Phi­lippe Cado passe alors 48 heures en garde à vue. Il a une ecchy­mose longue de 12 cm sur les jambes, et s’est vu pres­crire une inca­pa­cité de tra­vail de trois jours. Il a porté plainte auprès de l’IGPN. Accusé de « vio­lences sur une per­sonne dépo­si­taire de l’autorité publique », « par­ti­ci­pa­tion à un attrou­pe­ment armé », et refus de pré­lè­ve­ment géné­tique, il a été condamné à 6 mois de prison avec sursis, 210 heures de tra­vaux d’intérêt général, inter­dic­tion de porter une arme pen­dant 5 ans, 1.000 € d’amende pour refus de pré­lè­ve­ment ADN, 250 € pour pré­ju­dice moral envers le poli­cier et 150 € pour ses frais de jus­tice. Dans sa réqui­si­tion lors du procès, l’avocat général dit : « Ce n’est pas parce qu’il n’a pas lancé de pro­jec­tiles qu’il n’aurait pas pu le faire ! »

  • Sources : recueilli par Repor­terre. Voir aussi le com­mu­niqué de SUD-PTT 35 à propos du procès, publié sur le site Rennes-Info.

Nantes


Lille

Col­lectif OEIL

Florent, arrêté bru­ta­le­ment par la police
Avant le rendez-vous de la mani­fes­ta­tion à 14h30 porte de Paris, une mani­fes­ta­tion spon­tanée, non vio­lente démarre dans les rues de Lille. Deux mani­fes­tants sont arrêtés alors qu’ils remontent la rue Molière près de la mairie. Florent, un des mani­fes­tants est inter­pellé sans ména­ge­ment et avec vio­lence.

J’ai glissé sur des pavés et des flics se sont rués sur moi pour me frapper alors que j’étais à terre. Je me suis dit qu’ils allaient vou­loir se défouler sur moi, je me suis mis en posi­tion de pro­tec­tion, recro­que­villé, les mains sur l’arrière de la tête pour me pro­téger des coups. Je n’ai opposé aucune résis­tance, alors que les flics conti­nuaient à me frapper. Ils m’ont immo­bi­lisé en appuyant ma tête contre le sol, ce qui a cassé mes lunettes. Au vu de com­ment mes lunettes étaient tor­dues et le fait qu’il manque un verre que je n’ai pas retrouvé, seule une pres­sion assez forte sur ma tête contre le sol a pu en arriver à pro­vo­quer ces dégâts. J’ai dû insister pour les récu­pérer avant qu’ils m’embarquent.

– Source : Col­lectif OEIL


Sept jours d’ITT et une plaie de 5 cen­ti­mètres au crâne pour un mani­fes­tant qui a traîné un peu trop à dis­cuter avec ses amis après la manif . Article sur Le Phare Dun­ker­quois.



Paris

Sur Paris Luttes Infos, un compte-rendu sub­jectif d’un médic’ sur la mani­fes­ta­tion du jeudi 31 mars. « Il ne s’agit pas ici pour moi de faire un compte-rendu de la mani­fes­ta­tion, mais sim­ple­ment de rédiger un récit des inter­ven­tions médi­cales que j’ai pu faire, et d’en pro­fiter au pas­sage pour donner quelques conseils. »

Sur Paris Lutte Info aussi, un appel de profs la cité sco­laire Vol­taire (Paris 11e) se mobi­lisent pour leur élève Ryan, lycéen, 15 ans, mis en examen. Inter­pellé pen­dant un blo­quage il est accusé de « dégra­da­tion volon­taire de bien maté­riel par incendie pou­vant poten­tiel­le­ment engen­drer un danger pour autrui », pas­sible de 10 ans de prison et 75 000 euros d’amende.


Tou­louse

Les mani­fes­tants contre la Loi Tra­vail et les pas­sants se font gazer abon­dam­ment, sur la place Saint Cyprien et autour. Les gre­nades pleuvent. Je suis les tam­bours de la batu­cada, on se retrouve à 40 blo­quéEs entre deux murs de CRS, devant une école. Après négo­cia­tions, ils nous relâchent par petits groupes de dix, sans contrôle, et sans bron­cher. On a à peine fait 50 mètres qu’on est de nou­veau char­géEs par les flics. Les motos de la BAC nous traquent et nous matraquent sur tout le chemin des Allées Charles-de-Fitte à la rue Laganne, le long de la Prairie des Filtres. Bras­sards sur le bras, le motard de devant conduit, celui de der­rière a la gazeuse dans une main, le doigt sur la détente, et la matraque dans l’autre. Ils nous pour­chassent pen­dant une demi-heure en don­nant des coups d’accélérateurs et en frap­pant les gens sur la tête, le dos, avec leur matraque. Ils s’acharnent sur les gens seuls, malgré les cris, et par­viennent à casser des ins­tru­ments de la batu­cada en don­nant de gros coups de matraque. Nous avons dû nous réfu­gier dans une cage d’escalier, essouf­fléEs, trau­ma­ti­séEs, sépa­réEs, et pour cer­tainEs en sang.
Extrait de « Trente ans après la mort de Malik Ous­se­kine, les vol­ti­geurs sont de retour à Tou­louse » publié sur le site IAATA.

Entre la place Saint-Cyprien et la Prairie-des-Filtres, Alix Gavrois, étu­diant : « J’ai vu deux poli­ciers en civils sur une moto foncer comme des dingues dans une petite rue. Celui de der­rière tient un spray lacry­mo­gène dans une main, une matraque dans l’autre. Ils s’approchent d’autres mani­fes­tants situés devant moi. A l’aide de la matraque, il vise deux per­sonnes qui ont des caisses claires, des ins­tru­ments de la batu­cada formée pour la mani­fes­ta­tion. Ces per­sonnes ne sont pas tou­chées, mais les ins­tru­ments tombent à terre et sont cassés. »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Repor­terre.


Rouen

Charges de la police face à une occu­pa­tion paci­fique. Asso­cia­tion Agenda.

Révo­lu­tion per­ma­nente
Une flash bomb lancée sur les mani­fes­tants


Bou­logne-sur-mer

Après une occu­pa­tion de la mairie avec les jeunes, et des tra­vailleurs (ce que je suis), nous avons été sortis par la force, sans som­ma­tion. Les forces de l’ordre ont pénétré dans la salle de réunion que nous occu­pions pour impro­viser une AG, ils ont crié « pre­mière som­ma­tion ! » et nous sont direc­te­ment tombés dessus. Pas le temps de bouger. Pour ma part, j’essayais de dégager les chaises que l’on avait uti­li­sées pour blo­quer une sortie, et un flic est arrivé, m’a tiré en arrière par les che­veux. Dans le mou­ve­ment j’ai entendu mon fils (lycéen) crier, je me suis retournée, ils étaient en train de le secouer, j’ai voulu inter­venir et j’ai pris un coup de poing à côté de l’œil.

— Témoi­gnage de Prolo sur Rebel­lyon.