Samedi 9 avril

Paris

Le gaz CS très concentré et vola­tile contenu dans les gre­nades DMPL donne des sen­sa­tions de brû­lures très intenses sur la peau, les yeux, la bouche, le nez. Les médics pré­sents ont lavé les yeux et le visage et ras­suré de nom­breuses per­sonnes non habi­tuées aux gaz et cédant à la panique (ne courrez pas, les gaz tombent de loin, vous ne ris­quez pas une charge immé­diate et res­pirer les gaz en cou­rant ne fait qu’accentuer leurs effets. D’autant que courir quand on ne voit pas bien fait tré­bu­cher ou pié­tiner d’autres per­sonnes qui chu­te­raient.) Pour info, les yeux et la peau sont lavés au Maalox (ou un géné­rique comme le Gaviscon) à pro­por­tion de 10 ml dans un demi litre d’eau.

Un bilan ter­rible de l’équipe de 12 manifestant·es chargé·es des pre­miers soins. Une dizaine de per­sonnes aux mains brû­lées par les palets de lacrymos, 3 blessé·es par les gre­nades de désen­cer­cle­ment, 6 autres par balles en caou­tchouc, deux médics matra­qués ou roués de coups, dont l’un avec 6 semaines d’immobilisation pour une rotule frac­turée…

Le compte rendu des Street Médics de Paris détaille aussi les armes uti­li­sées par la police place de la Nation, en par­ti­cu­lier sur les gre­nades DMPL et les tirs de LB40.

Pierre (prénom changé), 18 ans vic­time d’un tir au visage raconte sa fin de mani­fes­ta­tion sur la place de la Nation ce samedi 9 avril. « J’ai cru que c’était un bout de gre­nade qui m’avait touché, après j’ai touché mon visage j’avais du sang je ne voyais plus de mon oeil droit ». Témoi­gnage audio publié sur le blog Media­part du pho­to­graphe Yann Levy.



Rennes

Place des Lices — Louise L., 20 ans, par­ti­cipe aux mani­fes­ta­tions depuis début mars : « Je suis paci­fiste, je suis là pour me battre contre la loi Tra­vail. » Les coups de matraque lui ont brisé l’omoplate et lui ont valu six jours d’ITT. « Les CRS ont chargé sans som­ma­tions. J’ai essayé de courir avec le cor­tège, mais je me suis retrouvée coincée der­rière une bar­rière où on accroche les vélos. Un CRS est arrivé sur moi et m’a matraqué. Je pense que j’étais ciblée parce que je suis jeune et que j’avais des lunettes de pis­cine sur le front, pour me pro­téger des lacry­mo­gènes. J’étais habillée nor­ma­le­ment, sans fou­lard ni sweat. Aux urgences du CHU, un médecin m’a dit : « Le coup devait être assez fort, car l’omoplate n’est pas facile à casser. » J’ai porté plainte une semaine plus tard au com­mis­sa­riat. Le poli­cier qui a pris ma dépo­si­tion m’a dit : « Ce sera dif­fi­cile de retrouver le CRS en ques­tion, il n’y aura pro­ba­ble­ment pas de suite à l’affaire. » »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Repor­terre.


Rue de Juillet — San­drine Lucain, 50 ans, est allée à la mani­fes­ta­tion en famille avec ses enfants, son conjoint et des amis. La place des Lices est cernée, elle se réfugie dans une rue per­pen­di­cu­laire. « J’ai été frappée, avec une matraque, à la fesse. Le poli­cier avait un regard de haine, il m’a dit : Tire-toi de là, connasse.” »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Repor­terre.


Quai Lamar­tine — Gil­bert Leduc, secré­taire adjoint CGT 35, est à la mani­fes­ta­tion avec son fils. « On mar­chait tran­quille­ment au milieu du cor­tège entre la ban­de­role inter­syn­di­cale et la voi­ture sono CGT. Un mou­ve­ment de foule nous fait nous retourner. Juste après, le bruit d’une vio­lente explo­sion me ter­rasse. Je sens une brû­lure sur toute la cuisse gauche. Une gre­nade assour­dis­sante vient d’éclater entre moi et mon fils. Lui a deux impacts, un à l’extérieur du mollet droit et un autre à l’intérieur du pied gauche à tra­vers la chaus­sure. Je souffre d’acouphènes depuis cet évé­ne­ment. Ma plaie à la cuisse mesure 11 cm sur 5 cm. » Son médecin lui a pres­crit quatre jours d’ITT.
 – Source : recueilli par Repor­terre.


Rue du Car­tage — Jacques Tallec, ser­vice d’ordre de Force Ouvrière : « Il y avait des lacry­mo­gènes, c’était la confu­sion. Dans les esca­liers du pas­sage, des membres cas­qués de la BAC étaient en posi­tion de tir et visaient la foule avec des LBD, sans visi­bi­lité. Ils ne pou­vaient pas voir la foule, ne ciblaient donc per­sonne pré­ci­sé­ment, mais ils pro­dui­saient leur effet : inti­mi­da­tion. »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Repor­terre.


Ouest France

Place de la Répu­blique — Jean-Louis Dutertre, adhé­rent au syn­dicat Soli­daires, rejoint la mani­fes­ta­tion avec sa com­pagne, Laura Bri­chon. En tra­ver­sant une place, ils voient quatre membres des forces de l’ordre se diriger vers eux : « On a fait demi-tour en mar­chant. Ils nous ont séparés, m’ont emmené et frappé au niveau de la rue du Pré-Botté, ma com­pagne était de l’autre côté des arcades, sur la place, ils l’ont aussi frappée. » Il a le bras cassé et se verra pres­crire 90 jours d’ITT. Éga­le­ment vic­time de coups de matraque, Laura Bri­chon se voit pres­crire 21 jours d’ITT. Extrait de son dépôt de plainte : « Un des poli­ciers a de suite frappé mon ami avec sa matraque, les trois autres m’ont poussé vio­lem­ment contre un mur où je me suis retrouvée à genoux contre le mur. J’ai perdu mes lunettes. J’ai pris prin­ci­pa­le­ment des coups de matraque au niveau de la cuisse gauche, un à la tête, un au ventre. »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Repor­terre.


Stras­bourg

Place Kléber, la mani­fes­ta­tion était ter­minée depuis un bon moment. Mais les poli­ciers se sont déchaînés contre les gens. Et six mili­taires de l’opération Sen­ti­nelle (Vigi­pi­rate) sont venus à leur res­cousse, armés de leur Famas ! Source : La feuille de choux.