Mardi 5 avril

Nantes

Rue de Buda­pest — « Un col­lègue uni­ver­si­taire et moi-même, tous deux quin­qua­gé­naires, nous retrou­vons placés en queue de défilé. Nous dépas­sons un cordon de poli­ciers en civil en bar­rage de rue à environ trois mètres de nous, et pour­sui­vons notre chemin au rythme pai­sible de mar­cheurs, la tête nue, tour­nant le dos aux poli­ciers en civil. A ce moment, alors qu’aucune menace de qui­conque ne pesait sur les poli­ciers, nous avons reçu, à hau­teur d’épaule, une gre­nade lancée de notre arrière. Sans doute une gre­nade de désen­cer­cle­ment. Elle est passée entre nous deux et a explosé à moins de deux mètres devant nos yeux. Outre la vio­lente sur­pres­sion sonore qui nous a atteint immé­dia­te­ment aux tym­pans, nous avons reçu l’un et l’autre divers éclats ou débris (j’ai éga­le­ment pu voir fuser devant moi, en même temps qu’une boule de feu orangé, plu­sieurs éclats ou débris qui ne nous ont pas atteints): mon col­lègue a été touché au-dessus du genou, sur la cuisse, par un éclat impor­tant (peut-être le dis­po­sitif d’allumage) et par trois autres au visage (petites bles­sures avec sai­gne­ments : front, haut du nez, et com­mis­sures des lèvres). J’ai été pour ma part touché sur le haut du crâne, côté droit, sans autre consé­quence qu’un tout petit héma­tome. M’est resté un sif­fle­ment à l’oreille droite pen­dant plus de deux jours. »
 – Source : témoi­gnage recueilli par Assem­blée des blessés 44.