Retour sur la journée du jeudi 115 mars à Grenoble

Com­mu­ni­ca­tion de la Nuit debout Gre­noble sur la journée de lutte du 115 mars (ancien­ne­ment 23 juin 2016) et son lot de vio­lences et de répres­sion

Durant cette journée de mobi­li­sa­tion contre la loi tra­vail et son monde, plu­sieurs types d’actions ont eu lieu :

  • Le col­lectif « On bloque tout 38 » a mené une action de blo­cage à la presqu’île Euro­pole le matin. Sur place, deux contrôles d’identité ont été effec­tués par les forces de l’ordre. En ren­trant de cette action, un véhi­cule par­ti­ci­pant au blo­cage a été contrôlé sur Gre­noble avec ses occu­pants. Les forces de l’ordre ont pro­cédé à des contrôles d’identité et des fouilles au corps.
  • L’après-midi, une mani­fes­ta­tion à l’appel de l’intersyndicale, à laquelle par­ti­ci­paient des per­sonnes de Nuit Debout, est partie de la place Felix-Poulat. Durant la mani­fes­ta­tion, un jeune homme a été inter­pellé au milieu du cor­tège, suite à des propos qu’il aurait tenus le matin même durant l’action de blo­cage. Au moment de cette arres­ta­tion, il y a eu des jets de pein­ture sur les véhi­cules de police. Le cor­tège a décidé de faire demi-tour pour mar­quer son désac­cord avec cette arres­ta­tion. Suite à cela, une per­qui­si­tion a eu lieu au domi­cile du jeune homme pour recher­cher des armes (..)
  • Le soir, une mani­fes­ta­tion libre s’est déroulée dans les rues du centre-ville de Gre­noble.

Après cette journée de mobi­li­sa­tion, il nous a semblé pri­mor­dial de revenir sur les cir­cons­tances de cha­cune des actions menées et sur les réponses judi­ciaires et poli­cières qui en ont découlé, afin de cla­ri­fier les propos tenus par cer­tains médias rela­tant uni­que­ment le point de vue des forces de l’ordre.

De nom­breuses com­pa­ru­tions immé­diates se sont tenues dès le len­de­main, avec des peines de prison ferme pro­non­cées, des contrôles judi­ciaires (inter­dic­tion de séjour à Gre­noble) mis en place, des dom­mages et inté­rêts exor­bi­tants demandés, des man­dats de dépôt appli­qués (empri­son­ne­ment pro­vi­soire en atten­dant le procès).

À la suite de la mani­fes­ta­tion de l’après-midi, un groupe de per­sonnes s’est rendu en fin de journée devant l’hôtel de police afin de sou­tenir le copain inter­pellé dans le cor­tège. Les per­sonnes pré­sentes n’ont mani­festé aucune ani­mo­sité à l’égard des forces de l’ordre, l’ambiance était pai­sible, des échanges ont eu lieu avec un man­daté de la police. Les mani­fes­tants ont invité les poli­ciers très chau­de­ment équipés à aller se reposer à l’ombre et boire de l’eau, tout comme ils le fai­saient eux-mêmes. Après 1h sur place, l’attroupement s’est dis­persé dans le calme. Une per­sonne pré­sente, malgré les ten­ta­tives du groupe pour l’apaiser, n’a pas pu s’empêcher de mani­fester sa colère vis à vis des poli­ciers. Alors que la majo­rité du ras­sem­ble­ment s’éloignait, les forces de l’ordre ont fendu la foule à coups de matraque pour l’interpeller. Les per­sonnes pré­sentes ont été frap­pées, sim­ple­ment parce qu’elles se trou­vaient au mau­vais endroit.

Le soir, une mani­fes­ta­tion libre et fes­tive a débuté à 21 h 30 dans le centre-ville de Gre­noble et s’est pour­suivie dans les rues pié­tonnes jusqu’au Cours Ber­riat. Sur le par­cours, il y a eu quelques jets de pein­ture à l’eau (donc effa­çable) sur une vitrine de banque et sur un véhi­cule de police. Trente minutes après le départ, la pré­sence poli­cière s’est faite plus forte suite à une action spé­ci­fique (la tête de cor­tège a accé­léré la vitesse de marche, créant un mou­ve­ment de foule en direc­tion de 2 voi­tures de police ; le cor­tège s’est ensuite redi­rigé vers la droite, ne sou­hai­tant pas forcer le bar­rage des forces de l’ordre).

Ensuite, au niveau de la place Victor-Hugo, une vitrine a été cassée à l’arrière du cor­tège. Un jeune homme se tenait sur le pas de la porte d’une piz­zeria et fil­mait la mani­fes­ta­tion libre ; les forces de l’ordre lui ont demandé d’effacer la vidéo, ce que le jeune homme a refusé de faire, invo­quant le fait qu’il se trou­vait dans un lieu privé (le res­tau­rant). Ils l’ont donc tiré vers la rue, le som­mant de donner son télé­phone por­table, ce que le jeune homme a de nou­veau refusé de faire. S’en est suivi un étran­gle­ment pour le contraindre à obtem­pérer. Durant cette conten­tion, les membres des forces de l’ordre ont plaqué le jeune homme contre la vitrine qui s’est brisée avec le choc. Ils sont ensuite repartis en accu­sant le jeune homme d’avoir cassé la vitrine et en rajou­tant : « on a mieux à faire ».

Au croi­se­ment de la Rue de Bonne et de la Rue de la Poste, alors que le cor­tège s’était donné le mot pour une dis­per­sion dans le calme à la place sui­vante et qu’aucune des som­ma­tions régle­men­taires n’avaient été enten­dues, les forces de l’ordre ont nassé les mani­fes­tants (tech­nique de main­tien de l’ordre consis­tant à encer­cler les mani­fes­tants) à grand ren­fort de matraques, armes élec­triques et gazeuses lacry­mo­gènes uti­li­sées à bout por­tant. Des témoins rap­portent des visages en sang, un homme main­tenu à terre avec une matraque au-dessus de son œil, etc. Un réel tabas­sage a eu lieu à l’encontre de per­sonnes déam­bu­lant dans une ambiance paci­fique. De nom­breux blessés sont recensés, avec points de suture, ecchy­moses, pas­sage aux urgences pour cécité tem­po­raire. Des ITT (Inca­pa­cité Tem­po­raire de Tra­vail) de 5 jours ont été consta­tées par des méde­cins et des suites d’examens sont tou­jours en cours.

Ce qu’il faut retenir de cette journée, c’est l’extrême vio­lence dont ont fait preuve les forces de l’ordre envers les mani­fes­tants opposés à la loi tra­vail, vio­lence tota­le­ment dis­pro­por­tionnée au vu des dégra­da­tions consta­tées, toutes sym­bo­liques et à aucun moment diri­gées contre des per­sonnes. Tous ceux qui ont assisté à ces scènes d’une vio­lence inouïe en ont été pro­fon­dé­ment cho­qués et jamais une répres­sion aussi dis­pro­por­tionnée n’avait été observée lors d’une déam­bu­la­tion paci­fique.

Nous tenons à remer­cier les quelques trop rares jour­na­listes ayant eu le pro­fes­sion­na­lisme de cher­cher des sources contra­dic­toires afin de rap­porter des faits objec­tifs et déplo­rons le tra­vail trop sou­vent bâclé de cer­tains médias, qui font le choix de ne relater qu’une seule ver­sion des faits, avec pour seule source le rap­port des forces de l’ordre.