Maintien de l’ordre et violences policières

Une sélec­tion rai­sonnée d’analyses, docu­ments et de mises en pers­pec­tive sur la réa­lité du « main­tien de l’ordre » et des vio­lences poli­cières, pour servir à une com­pré­hen­sion poli­tique de l’état d’exception per­ma­nent qui s’instaure

Main­tien de l’ordre : la dan­ge­reuse dérive

Animée par l’équipe du site Repor­terre, une Mis­sion civile d’information a mené une enquête appro­fondie sur les dérives de l’action poli­cière depuis le début des mani­fes­ta­tions contre la loi tra­vail. Les enquê­teurs ont ras­semblé les témoi­gnages attes­tant de pra­tiques dan­ge­reuses de main­tien de l’ordre — plus d’une cen­taine recueillis direc­te­ment, à quoi s’ajoute la reprise d’une qua­ran­taine de faits éma­nant de sources fiables, ainsi que des entre­tiens avec des repré­sen­tants syn­di­caux des per­son­nels des forces de l’ordre.

Le rap­port confirme que l’action de « main­tien de l’ordre » a pris en France un tour qui menace l’intégrité phy­sique de nom­breux citoyen/​ne/​s , par­fois de mineurs et même d’enfants. L’usage des lan­ceurs de balles de défense est devenu cou­rant alors qu’il devrait être excep­tionnel, voire interdit. Les tirs tendus de gre­nades se mul­ti­plient de manière inac­cep­table. L’utilisation de poli­ciers en civil non iden­ti­fiables pour des actions d’interpellation ou de répres­sion est devenue sys­té­ma­tique. Le non-res­pect du droit des jour­na­listes à cou­vrir sans crainte les évé­ne­ments est devenu habi­tuel.


« Le main­tien de l’ordre à la fran­çaise n’existe plus »

Inter­dic­tions de mani­fester, vio­lences poli­cières, inter­ven­tions des unités spé­ciales, empri­son­ne­ment de mani­fes­tants… la ges­tion par l’État du mou­ve­ment actuel de contes­ta­tion contre la loi tra­vail fait l’objet de nom­breuses cri­tiques, jusqu’à la demande d’une enquête par­le­men­taire adressée par sept orga­ni­sa­tions syn­di­cales.

Le site Basta !, publie un entre­tien avec le jour­na­liste David Dufresne, auteur en 2013 du livre Main­tien de l’ordre (Fayard), pour qui la stra­tégie du gou­ver­ne­ment marque sur­tout la fin d’un « savoir-faire fran­çais » long­temps reconnu comme un modèle dans la ges­tion des foules. Selon lui, « le Rubicon du main­tien de l’ordre à la fran­çaise, qui consiste à viser la foule, a aujourd’hui été franchi ». 


L’ordre et la force

L’Association des chré­tiens pour l’abolition de la tor­ture (Acat) a mené pen­dant 18 mois une enquête sur la réa­lité des vio­lences poli­cières en France. Celle-ci a fait l’objet d’un rap­port, publié en février 2016, et a été l’occasion d’une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion inti­tulée « Vio­lences poli­cières : brison le silence ». Dans ce rap­port l’association a ana­lysé 89 situa­tions allé­guées de vio­lences poli­cières enre­gis­trées depuis 2005 en France. 

Parmi ces 89 cas, elle a dénombré 26 décès, 29 bles­sures irré­ver­sibles et 22 bles­sures graves. Il ne s’agit que d’un « échan­tillon », la « partie émergée de l’iceberg ».Elle dénonce la dan­ge­ro­sité de cer­taines méthodes (de la tech­nique d’immobilisation au fla­sh­ball) mais aussi le manque de trans­pa­rence des auto­rités et « l’impunité » dont béné­fi­cient les forces de l’ordre. Ce docu­ment constitue une véri­table radio­gra­phie des vio­lences poli­cières en France, sur les­quelles l’association sou­haite bien « briser le silence ».


Voir aussi

Des IAS aux inter­dic­tions de mani­fester
Les « inter­dic­tions de mani­fester » uti­li­sées à plu­sieurs reprises contre le mou­ve­ment , sont fina­le­ment assez proches des « inter­dits de stade » (IAS) uti­lisés depuis long­temps contre le milieu des sup­por­ters de foot­ball. Retour sur une filia­tion non-avouée par Nicolas Kssis-Martov et Laura Kotel­ni­koff pour le site So Foot .

Vio­lences poli­cières en France : les six infos qui frappent fort
Une enquête réa­lisée par quinze étu­diants du Centre de For­ma­tion des Jour­na­listes, à partir de 168 cas recensés par les médias entre 2005 et mars 2015. Une étude très par­tielle, mais très éclai­rante et fort bien réa­lisée.
Source : CFPJ pro­mo­tion 69 – 2015